Pourquoi la fertilisation organique ne décolle-t-elle pas ?
Pourquoi la fertilisation organique ne décolle-t-elle pas ? 5 idées reçues à dépasser.
Pondéreux, manque d’efficacité, temps nécessaire à la construction de la fertilité, disponibilité des ressources… La fertilisation organique se heurte encore à plusieurs idées reçues, notamment en grandes cultures. Pourtant, les organiques élaborés ouvrent de nouvelles perspectives. Au micro de Jean-Paul Hébrard, lors du Sommet de l’Élevage, Nathalie Dedieu, directrice de la communication d’OvinAlp, revient sur ces freins et défend une autre approche de la fertilisation : raisonner en valeur agronomique plutôt qu’en volumes apportés.
La fertilisation organique présente de nombreux atouts, notamment en matière de fertilité des sols, d’efficience des apports et de souveraineté agricole. Pourtant, son développement en grandes cultures reste encore limité.
Pourquoi cette difficulté à franchir un cap ? Pour Nathalie Dedieu, une partie de l’explication tient à la perception que les agriculteurs ont de la matière organique. Les représentations restent souvent associées aux produits bruts, aux volumes importants à transporter et à épandre, ou encore à une transformation laissée au sol après l’apport.
Mais une autre voie existe : celle des organiques élaborés, dont la valeur agronomique est travaillée en amont grâce à un savoir-faire industriel et biologique.
1. La fertilisation organique est-elle forcément pondéreuse ?
C’est l’une des premières idées reçues : la matière organique implique nécessairement des volumes importants à transporter et à épandre.
« C’est vrai quand on parle de matières organiques brutes ou simplement transformées. Mais ce n’est pas le cas des organiques élaborés. »
Chez OvinAlp, le métier consiste à sélectionner des matières organiques présentant un intérêt agronomique, puis à les biofermenter pendant 12 mois. Cette étape permet de valoriser leur potentiel, avec notamment une restitution humique importante et le développement d’une vie biologique particulièrement diversifiée.
Au terme de cette biofermentation, le Principe Actif Ov rassemble plus de 600 espèces de bactéries et de champignons, avec des milliards d’individus pour chaque espèce.
Cette concentration de valeur change la logique d’utilisation : il ne s’agit plus d’apporter plusieurs tonnes de matière brute, mais de mobiliser des produits élaborés à des doses beaucoup plus faibles.
« On ne transporte pas du volume, on transporte de la valeur. »
2. Les engrais minéraux ne sont-ils pas plus efficaces pour apporter des unités fertilisantes ?

Les engrais minéraux répondent à un besoin essentiel : apporter aux cultures les éléments nutritifs nécessaires à leur développement.
« L’enjeu aujourd’hui, c’est l’efficience de ces unités. Il est important de penser à nourrir d’abord le sol pour nourrir la plante. »
La vie biologique joue un rôle dans le fonctionnement du sol et dans la valorisation des éléments nutritifs. Les organiques élaborés apportent des éléments fertilisants, mais aussi une diversité de micro-organismes qui contribuent à cette dynamique biologique.
OvinAlp est allé plus loin en sélectionnant certaines bactéries issues de son Principe Actif Ov. Les bactéries présentant un intérêt agronomique sont multipliées puis intégrées à certains engrais organiques, afin de favoriser l’assimilation des éléments nutritifs.
L’approche ne consiste donc pas à opposer fertilisation organique et minérale, mais à mieux associer les leviers disponibles.
3. Construire la fertilité des sols prend du temps. Est-ce vraiment le bon moment pour changer ses pratiques ?
Dans un contexte économique exigeant, les agriculteurs ne peuvent pas se permettre de prendre des risques inconsidérés. Engager une évolution des pratiques suppose de pouvoir en mesurer les bénéfices et de préserver la performance de l’exploitation.
« Construire sa fertilité, ça peut durer des années. Tous ceux qui travaillent sur l’agriculture de conservation des sols savent que cela peut prendre jusqu’à dix ans avant d’en voir les résultats. »
C’est précisément sur cette question du temps qu’OvinAlp entend apporter une réponse.
Grâce à ses procédés de sélection et de biofermentation, l’entreprise travaille une partie de la transformation de la matière organique en amont, avant même son arrivée dans les parcelles. La fertilité n’est ainsi pas uniquement envisagée comme un capital que l’agriculteur doit construire seul, progressivement, au fil de ses pratiques.
L’ambition est d’accompagner sa trajectoire, de soutenir la dynamique biologique des sols et de contribuer à renforcer la robustesse des systèmes de production.
Le temps long de la fertilité reste indispensable. Mais une partie du travail peut être engagée en amont.

4. Y aura-t-il suffisamment de matières organiques pour répondre à la demande ?
La disponibilité des ressources constitue une autre interrogation. Si la fertilisation organique se développe à grande échelle, les matières premières seront-elles suffisantes ?
Pour Nathalie Dedieu, le gisement de matières organiques brutes présentant un intérêt agronomique est important. Une partie de cette ressource reste encore insuffisamment valorisée.
« L’idée, maintenant, c’est de valoriser cette matière organique pour construire quelque chose de plus concentré. »
La réponse ne réside donc pas uniquement dans la recherche de nouvelles ressources, mais aussi dans la capacité à mieux utiliser celles qui existent déjà.
Effluents d’élevage, coproduits organiques et autres matières disponibles peuvent constituer des ressources intéressantes, à condition de sélectionner les matières pertinentes et de travailler leur potentiel agronomique.
En concentrant la valeur des matières premières, l’élaboration permet également de raisonner leur utilisation avec davantage d’efficience.
La ressource existe. L’enjeu est de savoir en révéler et en construire la valeur.
5. Pourquoi connaît-on encore si peu les organiques élaborés en grandes cultures ?
Si les agriculteurs connaissent bien les matières organiques, l’industrie des organiques élaborés reste encore peu identifiée dans l’univers des grandes cultures.
Cette méconnaissance s’explique notamment par l’histoire de la filière.
Depuis près de 40 ans, OvinAlp développe son savoir-faire au service des cultures spéciales : vigne, arboriculture et maraîchage. Ces filières connaissent déjà les produits organiques élaborés et leurs usages.
Depuis deux ans, l’entreprise a engagé une nouvelle étape en développant une gamme destinée aux grandes cultures.
Cette offre ne se limite pas aux engrais organiques. Elle comprend également des biostimulants racinaires issus de ses technologies, des solutions de bioprotection et de biostimulation foliaire.
L’ensemble s’inscrit dans une approche de fertilisation associée, qui vise à mobiliser différents leviers pour répondre aux enjeux de performance et de robustesse des exploitations.
C’est aussi une contribution à la souveraineté agricole : développer des solutions élaborées en France, à partir de ressources organiques valorisées et grâce à un savoir-faire industriel français.
Une expertise construite pendant quatre décennies au service des cultures spéciales, que l’entreprise souhaite désormais mettre au service des grandes cultures.
Des solutions accessibles, une logistique intégrée
Pas besoin de bouleverser ses pratiques pour commencer. Les solutions OvinAlp peuvent être testées progressivement, sur quelques hectares ou une partie de parcelle, afin d’évaluer leur intérêt dans les conditions de chaque exploitation.
Grâce à sa filiale logistique intégrée, OvinAlp assure la proximité avec les agriculteurs et facilite leur approvisionnement, qu’il s’agisse de quelques big-bags pour un premier essai ou d’une livraison en camion.